Import / Export entre la France et les USA : ce qui pourrait changer avec Donald Trump
A l’approche de l’investiture du nouveau président Donald Trump, de nombreuses incertitudes continuent de planer sur les économies américaine et, globalisation oblige, mondiale. Après plusieurs annonces fracassantes concernant les taxes douanières, que faut-il attendre sur le secteur - éminemment stratégique pour les USA - du transport et de la logistique ? Que pourrait changer la stratégie de Trump au niveau des échanges entre la France et les Etats-Unis, notamment concernant l’envoi de colis ? Philippe Boulay, fondateur du comparateur de transporteurs Upela.com, tente de répondre à ces questions.

Les annonces de campagne de Donald Trump : réalistes ?

Le futur président l’a martelé durant toute sa campagne : il n’est pas favorable au libre-échange dérégulé qui a, selon lui, engendré une bonne partie des problèmes dont souffre l’Amérique. S’en prenant principalement aux délocalisations et aux importations massives, il a promis la mise en place de nombreux outils protectionnistes, dont une taxe de 20% sur les biens importés, une autre en cas d’externalisation de la production de la part des entreprises américaines, ou encore un impôt spécifique sur les produits chinois.

Des scénarios qui sont envisageables, mais peu probables selon Philippe Boulay. “Au plus fort de leurs crises économiques, les américains ont utilisé le protectionnisme, et notamment les hausses de tarifs douaniers : après la Dépression des années 30 consécutive au krach de 29, ou après la crise de 2008. Donald Trump a eu beau jouer sur ces effets d’annonce très protectionnistes, la situation est bien différente aujourd’hui."





Pragmatisme, manque de soutien, accords : les freins au protectionnisme

Malgré le pessimisme de ses constats, illustré par son slogan (“Make America great again”) et ses analyses parfois alarmistes, Donald Trump hérite d’une situation assez éloignée de l’apocalypse parfois décrite par ses partisans : “l’économie américaine se porte globalement assez bien, avec un chômage de masse qui s’est considérablement réduit et des taux de croissances stables : c’est d’ailleurs ce qui pousse la Banque Centrale américaine à relever ses taux. Si les classes populaires n’ont pas tiré tous les fruits de la mondialisation, on est en revanche loin d’une situation monétaire qui nécessiterait une autarcie soudaine.”.

D’autant plus que Donald Trump devra manoeuvrer habilement s’il souhaite augmenter les tarifs douaniers : “la balance commerciale des Etats-Unis est déficitaire (528 milliards de dollars en 2015) car l’économie américaine est loin d’être auto-suffisante. Une augmentation des droits de douane constituerait une prise de risque énorme, et le déclenchement potentiel d’une guerre économique avec les principaux exportateurs vers les USA (Chine, Mexique) et les importateurs les plus importants (Canada, Europe, Mexique, Chine)”, explique Philippe Boulay.
 




Un autre frein, non négligeable, à l’instauration de ces barrières tarifaires ? Les accords commerciaux déjà en place, qu’une violation mettrait à mal : “S’en prendre à la Chine, que Trump a ciblé à de maintes reprises durant la campagne, revient à attaquer le troisième plus gros consommateur de biens et services américains et le premier exportateur vers les USA, rappelle Ph. Boulay, donc à remettre en cause le bon fonctionnement global actuel de son économie tout en ne jouant plus selon les règles du jeu mises en place ces dernières décennies”.

D’autant plus que le soutien dont aura besoin Donald Trump pour imposer des hausses de tarifs douaniers est loin d’être assuré : “Malgré la victoire des Républicains aux deux chambres, le Congrès regarde d’un oeil dubitatif l’élection de Trump, qu’il n’a pas majoritairement soutenu. Historiquement, le parti est aussi un ardent défenseur du libéralisme.”.

Autant de freins qui nuancent donc les projets de politiques fiscales et douanières et qui ne devraient pas remettre en question les échanges entre la France et les Etats-Unis : “Concrètement, les transporteurs ne devraient pas pâtir à court terme de l’élection de Donald Trump. Leur force de persuasion est importante, et leurs intérêts peuvent être défendus avec pertinence : empêcher les échanges, c’est aussi exposer les pays à des hausses de prix, des mesures de rétorsion, des surcoûts à l’import et à l’export et in fine une moindre compétitivité”.
Les particuliers ne doivent pas non plus s’attendre à des hausses de prix au niveau des envois de colis, conclut Philippe Boulay : “Les envois des particuliers restent quasi-systématiquement épargnés par les mesures les plus protectionnistes, car ils n’affectent pas, même selon les plus farouches opposants aux échanges, les économies nationales comme peuvent le faire les importations de masse qui sont, par définition, professionnelles.".





Sources
Le Figaro, rubrique économie ; Perspective monde, Université de Sherbrooke, Les Affaires, 2016, Upela.com, 2016 / 2017 http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=7&codeStat=NE.RSB.GNFS.CD&codePays=USA&optionsPeriodes=Aucune&codeTheme2=7&codeStat2=x&codePays2=USA&optionsDetPeriodes=avecNomP&langue=fr
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/09/17/20002-20150917ARTFIG00192-le-discours-protectionniste-de-donald-trump-souleve-des-inquietudes-outre-atlantique.php
http://www.lesaffaires.com/blogues/francois-normand/preparez-vous-au-protectionnisme-americain/587468

Image Open Source
English: Donald Trump speaking at an immigration policy speech in Phoenix, Arizona.
Español: Donald Trump el 31 de agosto de 2016 en un discurso sobre inmigración en Phoenix
Date : 31 August 2016
Source : Own work
Author : Gage Skidmore Licence https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.en